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Résultats année 2006 et objectifs

Comment qualifieriez-vous l’année 2006 pour le Groupe DANONE ?

Franck Riboud : 2006 a été pour DANONE une nouvelle excellente année. Nous avons très largement dépassé nos objectifs de croissance organique, en nous approchant d’une progression de 10%. Dans le monde de la grande consommation, et dans notre univers concurrentiel, c’est une performance assez unique. Il n’ y a guère que Numico qui connait depuis quelques années un dynamisme comparable. Cela donne encore plus de sens au projet de rapprochement  de nos deux sociétés.

Cette performance supérieure aux objectifs est-elle liée à des éléments conjoncturels ou repose-t-elle sur des fondements durables ?

F. R. : Il y a toujours une part de conjoncture. Par exemple, il y a eu incontestablement un effet Chine sur la fin de l’année. La croissance y a été exceptionnellement forte au quatrième trimestre. Cet effet ne durera sans doute pas. Mais, même sans en tenir compte, même en pondérant ce quatrième trimestre chinois en lui affectant un niveau de croissance moyen, nous aurions dépassé les objectifs de croissance que nous avons communiqués en cours d’année (entre 6 et 8%). Cela veut dire que les fondements sont bons, que la performance n’est pas le fruit d’un événement ou d’une situation visiblement atypique dans telle ou telle partie du monde.
Ce qui est en effet très satisfaisant en 2006, c’est que toutes les zones et tous les métiers contribuent à la croissance, même celles et ceux qui ont pu connaître récemment quelques difficultés passagères comme la France ou l’Espagne qui ont retrouvé du dynamisme en 2006, après une période difficile.

Vous avez réévalué à la hausse vos objectifs de croissance interne à moyen terme. Sur quels éléments repose cette confiance ?

F. R. : Cette confiance ne nous dispense pas de rester concentrés et vigilants mais elle repose sur quelques éléments factuels. D’abord, le fait que notre modèle est géographiquement très équilibré, avec la moitié de notre chiffre d’affaires hors d’Europe occidentale et le tiers de nos ventes dans les pays émergents. En d’autres termes, notre croissance n’est pas soumise aux fluctuations de telle ou telle zone et notre base géographique très large nous permet d’absorber ce que j’appelle des «trous d’air», ces difficultés passagères et inévitables sur un marché donné.
Deuxième constat : l’existence d’un noyau de plus en plus important de pays en très forte croissance. Si j’essaie de classer les marchés de DANONE, je m’aperçois que les filiales très dynamiques, celles qui croissent à un rythme supérieur à 8%, c’est-à-dire plus vite que nos objectifs, représentent une part de plus en plus importante : en 2006, plus de la moitié de notre chiffre d’affaires a connu une croissance supérieure à 8%. Cela crée un effet d’entraînement mécanique sur la durée et incite à une certaine confiance. Cette confiance est partagée par nos actionnaires et les investisseurs : ainsi le titre DANONE s’est apprécié de plus de 30% en 2006.

Conquête de pays émergents, accélération de la croissance organique… Tout cela ne pèse-t-il pas sur la profitabilité ?

F. R. : La marge opérationnelle de DANONE en 2006 a progressé pour la douzième année consécutive… Je crois que cette constance parle d’elle-même. C’est un vrai signe de solidité et de durabilité. Cela veut tout simplement dire que notre croissance, même très soutenue, ne s’est pas faite de manière non maîtrisée, au détriment de la rentabilité. Et c’est essentiel : si notre croissance n’était pas rentable, elle ne pourrait pas être durable car nous n’aurions très vite plus les moyens de la financer.
Maintenant, il est vrai que le modèle que nous construisons est un modèle de croissance. Nous n’entendons pas sacrifier notre expansion, notre futur, pour accélérer de manière artificielle, ponctuelle ou forcée, la croissance de nos marges. Ce serait pourtant simple. Il suffirait de suspendre quelques semaines en fin d’année nos achats d’espaces publicitaires pour gagner quelques points de base. Mais en faisant cela, nous mettrions le futur en danger. Notre rôle est de trouver un équilibre entre amélioration de la rentabilité et croissance des ventes. Je pense que nous avons trouvé cet équilibre. Il se traduit dans nos objectifs financiers 2007 : nous prévoyons donc une croissance de notre chiffre d’affaires entre 6 et 8% et une progression du résultat opérationnel comprise entre 7 et 10%. Concrètement, nous prévoyons une croissance soutenue des ventes et une croissance légèrement plus rapide de la rentabilité : la croissance ne se fait pas au détriment de la rentabilité et l’augmentation de la rentabilité n’entrave ni la croissance ni l’investissement.

Quels sont les axes stratégiques de DANONE ?

F. R. : Nous avons, je crois, la responsabilité de construire sur nos bons résultats. Ils nous donnent une marge de manœuvre et une confiance que nous n’avons pas le droit de gâcher en nous satisfaisant du travail accompli. Nous devons profiter de notre dynamique actuelle pour bâtir le futur. Ce que le Groupe DANONE récolte aujourd’hui, en effet, nous l’avons semé il y a dix ans. Pour ne pas nous trouver démunis dans dix ans, il faut inventer dès maintenant nos réservoirs de croissance.
Cela veut dire que nous devons soutenir fortement nos marques, créer de nouvelles capacités industrielles, investir fortement dans la recherche, accélérer notre expansion géographique et construire les nouvelles frontières de demain.